Sécurité alimentaire : Le pari rizicole ouest-africain change d’échelle

Avec le lancement du programme REWARD, la Banque africaine de développement, AfricaRice et la Cedeao veulent transformer la filière riz en levier de souveraineté alimentaire et de stabilité économique en Afrique de l’Ouest. Objectif : bâtir des chaînes de valeur résilientes, réduire les importations et créer jusqu’à 78 000 emplois d’ici 2029.
L’Afrique de l’Ouest entend réduire sa dépendance structurelle aux importations de riz. À la mi-février, en Côte d’Ivoire, le Groupe de la Banque africaine de développement, le AfricaRice et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ont officiellement lancé le programme REWARD (Renforcement de l’adaptation des chaînes de valeur rizicoles au changement climatique).
Derrière cet acronyme se cache une ambition claire : faire du riz un moteur d’intégration régionale, de création d’emplois et de résilience économique.
Un programme structurant à l’échelle régionale
Le dispositif d’assistance technique, financé à hauteur de 8,5 millions de dollars, sera déployé sur cinq ans dans quatorze pays ouest-africains. Il s’inscrit dans une enveloppe globale annoncée de 650 millions de dollars couvrant quinze pays de l’espace Cedeao, dont le Nigeria.
L’approche repose sur une logique systémique : renforcer la production, moderniser la transformation, fluidifier la commercialisation et harmoniser les politiques régionales. Selon Baboucarr Manneh, directeur général d’AfricaRice, l’autosuffisance rizicole constitue un impératif à la fois économique et alimentaire. REWARD combine recherche scientifique, innovation technologique, renforcement institutionnel et coordination régionale afin de bâtir des chaînes de valeur capables d’absorber les chocs climatiques et les tensions sur les marchés internationaux.
Quatre piliers pour transformer la filière
Le programme s’articule autour de quatre axes majeurs :
- Production durable et résilience climatique. Déploiement de systèmes d’irrigation adaptés, diffusion de semences certifiées résistantes au changement climatique, amélioration de l’accès aux engrais, à la mécanisation et aux services de vulgarisation.
- Modernisation de la transformation et accès au marché. Soutien aux rizeries locales, intégration d’outils numériques, renforcement des capacités des petits producteurs et valorisation du riz local face aux importations.
- Réformes politiques et harmonisation régionale. Amélioration des cadres réglementaires, contrôle des intrants agricoles et mise en place de mécanismes régionaux de suivi pour renforcer la compétitivité.
- Coordination et suivi-évaluation. Assurer la cohérence d’ensemble et mesurer l’impact réel des interventions.
Un enjeu d’emplois et de stabilité
Au-delà de la sécurité alimentaire, REWARD porte une dimension socio-économique forte : jusqu’à 78 000 emplois pourraient être créés, dont environ 39 000 destinés aux femmes. La filière riz devient ainsi un levier d’inclusion et de stabilisation économique dans une région marquée par la volatilité des prix alimentaires.
Pour la BAD, investir dans les chaînes de valeur rizicoles revient à consolider les systèmes alimentaires africains tout en stimulant l’intégration régionale.
Le défi de l’exécution
L’ambition est élevée. Mais le succès dépendra de la capacité des États à mettre en œuvre les réformes, à coordonner leurs politiques agricoles et à attirer des investissements privés complémentaires. La souveraineté rizicole ouest-africaine ne se décrète pas. Elle se construit, hectare après hectare, rizerie après rizerie, marché après marché.
English summary
West Africa is stepping up its drive toward rice self-sufficiency with the launch of the REWARD programme by the African Development Bank, AfricaRice and ECOWAS. Designed to strengthen climate-resilient rice value chains, the initiative combines science, innovation, institutional reform and regional coordination. The broader financing envelope reaches $650 million across 15 ECOWAS countries.
Beyond reducing import dependency, REWARD is projected to create up to 78,000 jobs – nearly half of them for women – positioning rice not only as a food security priority but as a pillar of long-term economic stability and regional integration in West Africa.



