Pouvoirs & décisions
A la Une

Cédéao – AES : pourquoi la nomination de Lansana Kouyaté arrive (presque) trop tard

Six jours après l’annonce, la désignation de Lansana Kouyaté comme médiateur par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest pose une question simple : peut-on encore négocier… après la rupture ?

La nomination envoie un signal d’ouverture, mais elle intervient dans un contexte déjà transformé. Depuis leur retrait officiel, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ne sont plus dans une logique de confrontation ponctuelle avec la Cédéao. Ils ont structuré une alternative avec l’Alliance des États du Sahel, qui s’installe progressivement comme un bloc politique et sécuritaire autonome.

Dans ce contexte, la mission confiée à Lansana Kouyaté ne vise plus réellement à empêcher une rupture. Elle consiste plutôt à gérer une nouvelle réalité régionale déjà en place. Les précédentes tentatives de médiation, notamment celles de Bassirou Diomaye Faye et de John Dramani Mahama, n’ont pas permis d’inverser la dynamique.

Pourtant, la séparation n’est pas totale. Les pays de l’AES continuent de participer à certains mécanismes techniques régionaux, notamment financiers. Cette situation révèle une contradiction : la rupture politique est actée, mais l’interdépendance économique demeure. C’est précisément dans cet espace que la médiation peut encore exister.

Au fond, l’enjeu dépasse la simple reprise du dialogue. Il s’agit désormais de redéfinir les bases de l’intégration ouest-africaine. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ne fait plus face à une crise classique, mais à l’émergence d’un ordre parallèle porté par l’Alliance des États du Sahel.

Lecture Africa Truth

La nomination de Lansana Kouyaté n’est pas un tournant, mais un ajustement. Ce n’est plus l’unité qu’il faut sauver, mais la coexistence qu’il faut organiser.


English summary

The Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest has appointed Lansana Kouyaté to revive dialogue with the Alliance des États du Sahel, bringing together Mali, Niger and Burkina Faso. However, the context has fundamentally changed. These countries have already formalized their break from ECOWAS and are building their own political and security framework. As a result, the objective is no longer to prevent a split, but to manage relations between two emerging blocs. While political ties have weakened, economic and technical cooperation still persists, leaving room for negotiation. The situation reflects a broader shift in West Africa’s regional dynamics, where integration is being redefined rather than restored.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page