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Kérosène en flambée : Royal Air Maroc suspend ses vols vers l’Afrique centrale

La compagnie nationale Royal Air Maroc (RAM) a annoncé fin mai la suspension provisoire de plusieurs liaisons internationales, victime collatérale des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. La flambée du prix du kérosène – dont la part dans les coûts opérationnels a presque doublé – contraint le pavillon chérifien à couper ses vols vers six capitales d’Afrique centrale. Une décision qui révèle la fragilité chronique du transport aérien sur le continent.

L’Afrique centrale en première ligne

La mesure, effective depuis le 23 mai 2026, frappe durement la desserte de la région centre-africaine. Les vols au départ de Casablanca vers six destinations sont intégralement suspendus : Bangui (République centrafricaine), Brazzaville (Congo), Kinshasa (République démocratique du Congo), Douala et Yaoundé (Cameroun), ainsi que Libreville (Gabon). Ces lignes étaient considérées comme stratégiques par RAM, qui en avait fait un axe prioritaire de son développement en Afrique subsaharienne.

L’Europe également touchée

Le continent européen n’est pas épargné, mais les coupes y sont plus ciblées. Depuis Marrakech, les vols vers Marseille, Lyon, Bordeaux et Bruxelles sont interrompus. Depuis Tanger, ce sont les dessertes vers Barcelone et Malaga qui sont provisoirement supprimées.

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La direction de RAM justifie ces choix par deux facteurs cumulés. D’abord, la hausse brutale du kérosène, conséquence directe des tensions militaires autour de l’Iran survenues ces trois derniers mois. Ensuite, un ralentissement de la demande sur certaines dessertes, selon le communiqué officiel publié le samedi 23 mai.

Le chiffre qui inquiète : le kérosène pèse désormais 45 % des coûts

L’annonce de RAM dépasse le simple cas de la compagnie marocaine. Elle agit comme un révélateur macroéconomique pour l’ensemble du secteur aérien mondial.

Historiquement, le carburant représentait environ un quart des charges opérationnelles des transporteurs. Selon les dernières données communiquées par les entreprises du secteur, cette part atteint désormais jusqu’à 45 % des coûts. Autrement dit, la part du kérosène a presque doublé en l’espace de trois mois de tensions militaires au Moyen-Orient.

Face à ce choc, les compagnies ne disposent que de peu de leviers. Elles peuvent supprimer les lignes jugées insuffisamment rentables – c’est le choix de RAM. Elles peuvent répercuter les coûts via des surcharges carburant sur le prix des billets. Enfin, elles peuvent miser sur des mécanismes de couverture financière (le hedging), une option réservée aux grandes compagnies disposant de trésoreries solides.

Que deviennent les passagers concernés ?

Royal Air Maroc assure mettre en place deux types de solutions pour les voyageurs affectés par ces suspensions. D’une part, des solutions de réacheminement : les passagers seront redirigés via d’autres hubs ou par des accords de partage de codes avec des partenaires. D’autre part, des remboursements intégrals pour ceux qui préfèrent annuler leur voyage. La compagnie promet par ailleurs de rétablir les liaisons suspendues dès que les conditions économiques le permettront.

Un paradoxe africain : ambitions démesurées face à une réalité fragile

L’annonce de RAM intervient dans un contexte paradoxal pour l’aviation africaine. D’un côté, la compagnie marocaine maintient officiellement son programme stratégique de quadruplement de sa flotte à l’horizon 2037, avec un objectif affiché de 200 appareils. De l’autre côté, cette suspension rappelle brutalement combien le transport aérien sur le continent demeure vulnérable.

Les connexions aériennes restent limitées entre capitales africaines. Les tarifs sont déjà élevés structurellement. Et la dépendance au kérosène importé est quasi-totale, le rendant directement soumis aux aléas géopolitiques mondiaux.

Trois mois de tensions militaires autour de l’Iran ont suffi à bouleverser l’équation économique des compagnies. Un signal d’alarme pour les transporteurs africains qui nourrissent de vastes ambitions d’expansion, à l’image de RAM, d’Ethiopian Airlines ou d’Air Côte d’Ivoire.

Ce qu’il faut retenir pour le voyageur africain

L’impact est immédiat : il n’existe désormais plus aucune liaison directe entre Casablanca et six capitales d’Afrique centrale. Les alternatives possibles passent par Addis-Abeba avec Ethiopian Airlines, par Nairobi avec Kenya Airways, ou par Paris avec Air France, moyennant des correspondances parfois longues. Une hausse générale des billets sur les lignes maintenues est également prévisible, les compagnies cherchant à compenser la flambée du carburant.

Enfin, l’incertitude demeure : la durée des suspensions dépendra de l’évolution des prix pétroliers, eux-mêmes liés à l’évolution du conflit au Moyen-Orient.


English summary

Royal Air Maroc (RAM) has suspended several international flights due to soaring jet fuel prices caused by Middle East geopolitical tensions. The most affected region is Central Africa, with all flights from Casablanca to Bangui, Brazzaville, Kinshasa, Douala, Yaoundé, and Libreville cancelled. European routes from Marrakech (Marseille, Lyon, Bordeaux, Brussels) and Tangier (Barcelona, Malaga) are also impacted. Fuel now accounts for up to 45% of operational costs, compared to 25% historically. RAM offers re-routing or refunds to affected passengers and promises to restore services when conditions improve. The decision highlights African aviation’s vulnerability to global shocks, even as RAM maintains its ambitious 200-aircraft fleet target by 2037.

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