Tchad : les 110 millions d’euros d’Afreximbank, un pari sur les corridors commerciaux et l’industrialisation
L‘enjeu du financement d’Afreximbank dépasse largement le montant annoncé. Les 110 millions d’euros accordés au Tchad doivent surtout servir à améliorer les infrastructures qui relient le pays aux marchés régionaux et à poser les bases d’une économie moins dépendante du pétrole. Derrière ce financement record pour N’Djamena, c’est donc la capacité du Tchad à transformer ses ressources en échanges, en industrie et en emplois qui se joue.
Signé le 5 août 2026 au Caire, l’accord conclu entre Afreximbank et le gouvernement tchadien porte sur une facilité équivalente à 110 millions d’euros, soit plus de 72 milliards de FCFA en monnaie locale. Il s’agit du plus important financement jamais accordé par Afreximbank au Tchad.
Mais la véritable question n’est pas seulement celle du volume de financement. Elle concerne son utilisation : les ressources doivent soutenir des infrastructures facilitant le commerce, inscrites dans la loi de finances 2026. L’objectif affiché est de fluidifier les échanges et de renforcer la capacité du pays à transformer sa croissance économique en activité productive.
Le désenclavement au cœur de la stratégie
Pour une économie continentale comme celle du Tchad, l’un des principaux défis reste l’accès aux marchés. Le programme soutenu par Afreximbank s’inscrit précisément dans cette logique.
Selon le programme de financement présenté par la banque, les projets prioritaires comprennent notamment des infrastructures de transport reliant le Tchad à l’Égypte et à la Libye, ainsi que des investissements dans l’énergie, le raffinage et les activités économiques autour du lac Tchad.
L’enjeu est stratégique : améliorer les connexions du pays peut réduire les contraintes logistiques qui freinent les échanges, faciliter l’acheminement des marchandises et ouvrir de nouveaux débouchés aux producteurs tchadiens.
Le financement intervient également à un moment où N’Djamena cherche à réduire la vulnérabilité d’une économie historiquement dépendante des revenus pétroliers.
Le programme associé au partenariat avec Afreximbank prévoit ainsi des investissements dans des zones industrielles dédiées au textile et à la transformation de la viande, mais aussi dans la production d’énergie et les capacités de raffinage.
Cette orientation est importante pour un pays qui dispose d’un potentiel agricole et pastoral considérable. Produire davantage ne suffit pas : le véritable enjeu est de pouvoir transformer localement les matières premières et les commercialiser sur des marchés plus larges.
Le textile, l’élevage, l’agriculture, les produits pétroliers raffinés ou encore les activités liées au lac Tchad pourraient ainsi devenir davantage créateurs de valeur à l’intérieur du pays.
Le lac Tchad comme futur espace économique
L’un des axes les plus intéressants du programme concerne le développement d’opportunités économiques liées au transport et aux activités maritimes autour du lac Tchad.
Au-delà de la dimension logistique, cette orientation pourrait contribuer à renforcer les échanges entre les territoires riverains et à donner une nouvelle dimension à l’intégration économique régionale.
Le projet s’inscrit d’ailleurs dans le prolongement du mémorandum d’entente signé en juin 2025 entre Afreximbank et le gouvernement tchadien. Ce cadre couvre notamment l’agriculture tournée vers l’exportation, le potentiel agropastoral, le commerce de l’or, les produits pétroliers raffinés, les infrastructures du lac Tchad et le développement des capacités de raffinage.
Les perspectives macroéconomiques du Tchad se sont améliorées. Le Fonds monétaire international prévoit une croissance réelle de 5,2 % en 2026, tandis que les projections de la Banque mondiale publiées en juin tablent sur 5,2 % en 2026 et 5,3 % en 2027. Ces chiffres constituent un contexte favorable, mais ils ne garantissent pas à eux seuls une transformation structurelle.
Le véritable indicateur sera la capacité des investissements à produire des entreprises, des emplois, des exportations et davantage de valeur ajoutée locale. C’est précisément l’objectif affiché par Afreximbank lorsqu’elle présente ce financement comme un outil de transformation économique et d’industrialisation.
L’autre dimension du dossier est institutionnelle. Le financement traduit la volonté d’Afreximbank d’accompagner directement les États africains dans leurs grands projets d’infrastructure, de commerce et d’industrialisation.
Pour le Tchad, cela peut aussi signifier une diversification des partenariats financiers et une meilleure intégration dans les échanges régionaux et continentaux. Le gouvernement affirme vouloir convertir ses ressources naturelles et son potentiel économique en opportunités commerciales concrètes.
L’essentiel
Les 110 millions d’euros d’Afreximbank ne doivent donc pas être lus comme un simple prêt supplémentaire. Le véritable enjeu est de savoir si ce financement permettra au Tchad de mieux se connecter à ses voisins, de transformer davantage ses ressources sur place et de faire émerger de nouvelles sources de revenus au-delà du pétrole.
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English summary
Afreximbank’s €110 million facility to Chad is more than a record financing package. It is a test of the country’s ability to turn infrastructure investment into trade, industrial development and economic diversification. The facility is expected to support trade-enabling infrastructure, including transport links connecting Chad with Egypt and Libya, energy projects, refining capacity, industrial zones for textile manufacturing and meat processing, and economic activities around Lake Chad. With Chad’s economy projected to grow by around 5.2% in 2026, the key challenge will be translating macroeconomic growth into stronger domestic value creation, exports and employment. The broader strategy reflects N’Djamena’s attempt to reduce its dependence on crude oil and build a more integrated and resilient economy.



