Banane dessert : le Nigeria domine la production ouest-africaine, la Côte d’Ivoire règne sur l’export
L’Afrique de l’Ouest concentre près de 8,7 millions de tonnes de bananes produites en 2024, soit environ 28 % de la production africaine. Mais derrière ce volume, les modèles diffèrent fortement : le Nigeria et le Mali produisent principalement pour leurs marchés intérieurs, tandis que la Côte d’Ivoire s’est imposée comme le principal pôle d’exportation de la région. L’arrivée du groupe belge Sipef dans une nouvelle plantation ivoirienne illustre cette dynamique.
L’Afrique de l’Ouest constitue la deuxième grande zone de production de bananes sur le continent, derrière l’Afrique de l’Est. Les données de la FAO montrent que la région a récolté près de 8,7 millions de tonnes en 2024, sur une production africaine totale estimée à environ 31,3 millions de tonnes.
Cinq pays concentrent l’essentiel de la production de bananes dessert : Nigeria, Côte d’Ivoire, Mali, Guinée et Ghana. Mais leur poids dans les marchés régionaux et internationaux n’est pas le même.
Le Nigeria, géant de la production
Avec une production moyenne estimée à 6,69 millions de tonnes par an entre 2020 et 2024, le Nigeria arrive très largement en tête. Cette performance repose avant tout sur l’importance du marché intérieur. La culture de bananes dessert s’étendrait sur environ 500 000 hectares, selon les données de la FAO.
Le pays dispose donc d’un immense potentiel agricole, mais cette puissance productive ne s’est pas traduite par une position équivalente à l’export. La filière reste largement portée par une multitude de producteurs locaux et alimente principalement la consommation nationale.
La Côte d’Ivoire, modèle exportateur
La situation est différente en Côte d’Ivoire. Avec environ 539 000 tonnes de production moyenne annuelle entre 2020 et 2024, le pays occupe la deuxième place régionale. Sa particularité réside surtout dans son organisation industrielle et son orientation vers les marchés extérieurs. Avec environ 12 178 hectares cultivés, la filière affiche un rendement moyen d’environ 44 tonnes par hectare, le niveau le plus élevé parmi les cinq principaux producteurs cités.
La Côte d’Ivoire est surtout devenue le premier exportateur africain de bananes. Sa filière repose notamment sur de grands opérateurs agroindustriels, parmi lesquels la SCB du groupe La Compagnie Fruitière, Sipef et des sociétés liées au groupe Bernard Hayot. Des producteurs regroupés en coopératives participent également à la chaîne de valeur.
L’acquisition annoncée par Sipef d’une plantation de 450 hectares devrait ajouter entre 12 000 et 14 000 tonnes à la production annuelle du groupe dans le pays, confirmant l’intérêt des investisseurs pour ce segment.
Mali et Guinée : de gros volumes, peu d’exportations
Le Mali occupe la troisième position régionale avec une production moyenne de 484 120 tonnes entre 2020 et 2024. La culture couvre environ 43 000 hectares. Malgré ce volume, les exportations restent marginales. La production est principalement destinée au marché intérieur et repose largement sur des exploitations familiales organisées autour de la Fédération des Organisations Productrices de Banane (FOPB).
La Guinée présente une configuration comparable. Avec environ 230 000 tonnes par an en moyenne, elle dispose d’une importante base productive, estimée à 40 000 hectares, notamment dans le bassin de Kindia. Mais la filière demeure essentiellement tournée vers la consommation nationale.
Le Ghana combine production et exportation
Le Ghana complète ce top 5 avec une production moyenne d’environ 124 000 tonnes par an entre 2020 et 2024. Son profil se rapproche davantage de celui de la Côte d’Ivoire. Le pays est devenu le deuxième exportateur ouest-africain de bananes, derrière la Côte d’Ivoire, tout en conservant une base de petits producteurs.
La production commerciale à grande échelle s’appuie notamment sur Golden Exotics Limited, filiale de La Compagnie Fruitière, ainsi que sur Volta River Estates Limited et Musahat Farms Limited. La culture couvre environ 11 000 hectares.
Une filière où le potentiel ne se mesure pas seulement aux volumes
Le classement ouest-africain révèle ainsi un paradoxe : produire beaucoup ne signifie pas automatiquement exporter beaucoup. Le Nigeria domine très largement en volume, mais la Côte d’Ivoire et le Ghana ont construit des filières davantage connectées aux marchés internationaux. L’organisation des producteurs, les investissements agroindustriels, les rendements et la logistique apparaissent donc aussi déterminants que les superficies cultivées.
Avec l’extension annoncée des capacités de Sipef en Côte d’Ivoire, la filière régionale pourrait continuer à attirer les capitaux, notamment dans les pays capables de combiner production à grande échelle et accès aux marchés extérieurs.
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English summary
West Africa is emerging as a major banana-producing region, but production and export performance vary significantly across countries. Nigeria leads the region with an average of 6.69 million tonnes of dessert bananas annually between 2020 and 2024, largely serving its domestic market. Côte d’Ivoire ranks second with about 539,000 tonnes, but stands out as Africa’s leading banana exporter, supported by a more industrialized production system and high yields. Mali and Guinea also produce substantial volumes, while Ghana combines commercial production with a strong export position. The expansion of Sipef’s banana operations in Côte d’Ivoire highlights the growing investment potential of West Africa’s banana value chain.



