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Madagascar : trop de riz local, pas assez d’acheteurs

À Madagascar, l’abondance de la production de paddy se transforme paradoxalement en crise pour les producteurs. Face à l’effondrement des prix et à la concurrence du riz importé, l’État lance une opération de rachat massif pour tenter de rééquilibrer le marché et contenir les tensions sociales.

Dans plusieurs bassins agricoles majeurs -Alaotra-Mangoro, Itasy, Bongolava ou encore Vakinankaratra – d’importants stocks de paddy s’accumulent. Dans certaines zones comme Ambatondrazaka ou Amparafaravola, les producteurs peinent désormais à écouler leurs récoltes.
La conséquence est directe : les prix chutent brutalement. En quelques semaines, le paddy est passé du simple au double à la baisse, provoquant la colère des paysans. Des manifestations ont éclaté dans certaines localités, traduisant une inquiétude croissante face à l’absence de débouchés.

En cause, selon les producteurs : la présence massive de riz importé, vendu à des prix plus compétitifs sur les marchés locaux.

L’État entre en jeu pour absorber le choc

Face à cette situation, les autorités ont décidé d’intervenir. À travers la société publique State Procurement of Madagascar, le gouvernement lance une opération d’achat des stocks disponibles. L’objectif est double : soutenir les producteurs en difficulté et constituer des réserves.

Les premières opérations doivent démarrer rapidement dans les principales zones de production. À titre indicatif, les volumes concernés sont significatifs : plusieurs dizaines de milliers de tonnes sont déjà recensées dans certaines régions.

Cette intervention marque un retour assumé de l’État comme régulateur du marché du riz, un produit central dans l’alimentation du pays.

Stabiliser les prix… et contenir l’inflation

Au-delà du soutien aux agriculteurs, la stratégie vise aussi un objectif macroéconomique. En constituant des stocks de régulation, les autorités cherchent à stabiliser les prix sur le marché intérieur, dans un contexte où le riz reste la denrée de base. Une partie de ces réserves aura également une fonction stratégique : répondre aux crises climatiques, fréquentes dans le pays, comme les cyclones ou les sécheresses.

Le prix d’achat du paddy ne sera pas uniforme. Il devrait varier selon les zones de production, afin de tenir compte des coûts réels des agriculteurs tout en préservant le pouvoir d’achat des consommateurs.

Le paradoxe malgache : produire plus, mais vendre moins

Cette crise met en lumière une contradiction structurelle. D’un côté, la production nationale progresse. Plus de 5 millions de tonnes de paddy ont été enregistrées récemment, confirmant une dynamique agricole positive. De l’autre, les importations de riz restent massives et influencent fortement les prix.

En 2025, elles ont atteint des niveaux particulièrement élevés, illustrant la dépendance persistante du pays au marché extérieur, malgré les capacités locales.

Même si une baisse des importations est observée en ce début d’année, l’équilibre reste fragile.

Un marché sous tension structurelle

Au fond, la situation révèle un problème plus large : le manque de coordination dans la filière. Entre producteurs, collecteurs, importateurs et autorités, les mécanismes de régulation restent limités. Le faible niveau de déclaration des stocks locaux complique également la lecture du marché et l’anticipation des déséquilibres.
Dans ce contexte, l’initiative de rachat public apparaît comme une solution d’urgence. Mais elle pose une question de fond : peut-elle suffire à corriger durablement les distorsions du marché ?

Un test pour la souveraineté alimentaire

Au-delà de la gestion de crise, l’enjeu est stratégique. Pour Madagascar, il s’agit de trouver un équilibre entre production locale et importations, tout en garantissant des revenus décents aux agriculteurs.

L’intervention de l’État pourrait renforcer la résilience du pays face aux chocs extérieurs. Mais elle devra s’accompagner de réformes plus profondes pour structurer durablement la filière rizicole.
Car produire plus ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir vendre.


English summary

In Madagascar, falling paddy prices and unsold local production highlight structural tensions in the rice market. The government, through State Procurement of Madagascar, is stepping in to purchase excess stocks, aiming to stabilize prices, support farmers, and build strategic reserves. The situation exposes a key paradox : rising domestic production alongside heavy reliance on imports. While short-term intervention may ease pressure, long-term market coordination and policy alignment remain critical for sustainable food sovereignty.

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