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Cameroun : exonérations massives sur le solaire pour répondre à la crise des coupures

Face à des délestages devenus structurels, le Cameroun supprime droits de douane et TVA sur 220 équipements solaires pour une durée de 24 mois. Une mesure forte qui vise à faire émerger un marché privé de l’énergie, sans toutefois régler les fragilités du réseau national.

Une décision fiscale forte pour desserrer l’étau énergétique

Le gouvernement camerounais a décidé de frapper fort. Près de 220 équipements liés au solaire sont désormais exonérés de droits de douane et de TVA à l’importation pour une période de deux ans.

La mesure concerne l’ensemble de la chaîne de valeur : panneaux photovoltaïques, onduleurs, batteries de stockage. Objectif affiché : réduire immédiatement le coût des installations solaires dans un contexte de crise énergétique persistante.

Une réponse directe à des coupures devenues structurelles

Derrière cette décision, une réalité :

  • les délestages ne sont plus exceptionnels.
  • La Société nationale de transport d’électricité peine à assurer une fourniture stable.

Conséquences :

  • entreprises à l’arrêt plusieurs heures par jour
  • ménages dépendants de groupes électrogènes coûteux
  • hausse des coûts de production

Le paradoxe est connu : le Cameroun dispose d’un fort potentiel hydraulique mais souffre d’infrastructures vieillissantes et sous-investies.

Un changement de stratégie : du public vers le privé

Jusqu’ici, l’État privilégiait des solutions thermiques de secours, fortement subventionnées. Avec cette exonération, il change de logique : faire émerger un marché privé de l’énergie solaire. Concrètement :

  • baisse immédiate des prix (jusqu’à -30 % pour certains kits)
  • accessibilité accrue pour les ménages et PME
  • ouverture d’un marché pour les installateurs locaux

Une mesure large, mais encadrée

L’exonération couvre 220 références, un niveau rarement observé en Afrique centrale. Pour éviter les dérives :

  • contrôle préalable des importations
  • attestation de conformité obligatoire
  • vérifications a posteriori

L’objectif est clair : éviter les détournements et l’entrée de matériel non adapté.

Un effet attendu rapide… mais limité dans le temps

À court terme (6 à 12 mois) :

  • explosion attendue de la demande
  • développement des offres solaires domestiques
  • essor des solutions hors réseau, notamment en zones rurales

À moyen terme :

  • structuration progressive d’un marché solaire
  • montée en puissance d’acteurs locaux

Mais la limite est posée : 24 mois seulement. Ce qui suggère une phase test avant une éventuelle prolongation.

Une solution partielle à une crise plus profonde

Si le solaire peut soulager la pression, il ne remplace pas le réseau national. Les enjeux restent majeurs :

  • modernisation des infrastructures électriques
  • formation des techniciens
  • contrôle qualité des équipements
  • organisation de la maintenance

Sans cela, le risque est réel : un marché inondé de produits bas de gamme, une perte de confiance des consommateurs.

Une cohérence avec la politique de soutien aux entreprises

Cette mesure s’inscrit dans un mouvement plus large. Depuis le 1er janvier 2026, l’État, sous l’impulsion du ministre des Finances Louis Paul Motazé, exonère également de droits de douane certains équipements destinés aux start-up. Une politique qui vise à :

  • alléger les coûts d’investissement
  • stimuler l’emploi des jeunes
  • soutenir l’innovation

Dans ce contexte, l’accès à une énergie fiable devient un levier clé pour la survie des entreprises.

Transformer une crise en opportunité

Au fond, le pari du gouvernement est simple : transformer une crise énergétique en opportunité économique. Le solaire devient alors :

  • une réponse immédiate aux délestages
  • un marché en constructionun levier de transformation économique

Mais la réussite dépendra d’un point essentiel : la capacité de l’État à accompagner durablement cette transition

Le Cameroun ouvre une nouvelle séquence de sa politique énergétique. L’exonération massive des équipements solaires envoie un signal fort au marché. Mais elle ne sera efficace que si elle s’accompagne de réformes structurelles du secteur électrique. Car au-delà des panneaux et des batteries, c’est toute l’architecture énergétique du pays qui est en jeu.


English summary

Cameroon has removed customs duties and VAT on over 220 solar energy products for a 24-month period to address persistent power outages. The measure is expected to significantly reduce the cost of solar installations, potentially by up to 30%, and stimulate private sector investment in off-grid energy solutions. While the policy could rapidly expand access to solar power, especially in underserved areas, it does not resolve structural weaknesses in the national electricity grid. Its long-term success will depend on regulatory oversight, infrastructure upgrades, and the development of a sustainable local market.

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