Cameroun
A la Une

Investissements publics : des milliers de milliards disponibles mais bloqués faute de projets suffisamment préparés

Au Cameroun, une part importante des financements extérieurs destinés aux infrastructures reste inutilisée en raison d’une préparation insuffisante des projets publics. Selon la Caisse autonome d’amortissement, près de 5 641,9 milliards de FCFA de financements engagés n’avaient pas encore été décaissés au 30 septembre 2025. Une situation qui met en lumière les difficultés structurelles liées à la maturation des projets d’investissement public.

Parmi les ressources non utilisées, environ 4 714,7 milliards de FCFA concernent des projets jugés insuffisamment mûrs, c’est-à-dire dépourvus d’études techniques, financières, environnementales ou sociales complètes. Ces lacunes empêchent les partenaires financiers de procéder aux décaissements pourtant prévus dans les accords de financement.

Les conséquences se traduisent par des retards dans la réalisation d’infrastructures essentielles, notamment dans les secteurs de la santé, des transports ou de l’énergie. Routes, hôpitaux, écoles ou barrages hydroélectriques figurent parmi les projets les plus touchés par ces blocages.

Pour certains analystes, l’impact économique est significatif : les retards liés à la faible préparation des projets pourraient représenter plus de deux points de produit intérieur brut perdus chaque année pour l’économie camerounaise.

Une réforme pour améliorer la préparation des projets

Face à ce constat, le gouvernement a adopté en 2025 un nouveau cadre réglementaire destiné à renforcer la maturation des projets publics. Le décret n°2025/1081/PM du 17 juin 2025, signé par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, fixe désormais les règles encadrant la préparation des projets d’investissement.

Le texte introduit notamment une phase de présélection plus rigoureuse, la réalisation systématique d’études de faisabilité complètes et une validation préalable par le ministère de l’Économie avant l’inscription d’un projet dans le circuit de financement.

L’objectif est de privilégier des projets techniquement solides et financièrement viables, capables d’être exécutés rapidement une fois les financements obtenus.

Les administrations appelées à s’approprier le nouveau dispositif

Dans cette perspective, les administrations publiques ont été réunies à Yaoundé lors d’une rencontre organisée au Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire. La session, présidée par Christian Arnault Emini, directeur général de l’Économie et de la programmation des investissements publics, visait à présenter les nouvelles dispositions et à encourager une meilleure préparation des projets soumis au budget d’investissement public.

Pour les autorités, l’enjeu est désormais de privilégier la qualité et l’impact économique des projets plutôt que leur multiplication.

Un enjeu économique et de crédibilité

Au-delà des retards dans les chantiers, l’immaturité des projets peut aussi fragiliser la crédibilité du pays auprès des bailleurs de fonds. Lorsque les conditions techniques ne sont pas réunies, les financements peuvent être redirigés vers d’autres projets ou d’autres pays.

Dans un contexte où les besoins en infrastructures restent importants, l’amélioration de la préparation des projets apparaît ainsi comme un levier essentiel pour accélérer la transformation économique et mieux mobiliser les ressources financières disponibles.


English summary

Cameroon is facing significant delays in the execution of public investment projects due to insufficient project preparation. According to the Caisse autonome d’amortissement, about 5.6 trillion CFA francs in external financing remained undisbursed as of September 2025, largely because many projects lacked complete technical, financial, environmental, or social studies. To address the issue, the government introduced new rules in 2025 requiring stricter project screening, comprehensive feasibility studies, and prior validation by the Ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire before funding can be mobilized. Authorities hope the reform will improve the efficiency of public investment, accelerate infrastructure development, and strengthen the country’s credibility with international lenders.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page