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Partenariats public-privé : pourquoi l’Afrique reste à la traîne malgré son urgence infrastructurelle

Alors que les besoins en infrastructures explosent, les partenariats public-privé s’imposent comme une solution incontournable pour les États africains. Mais entre faiblesses juridiques, asymétries dans les négociations et gouvernance perfectible, le continent peine encore à transformer cet outil en levier de développement durable, analyse le Dr Mohamed H’Midouche.

Présentés comme la solution au déficit massif d’infrastructures, les partenariats public-privé peinent encore à s’imposer en Afrique. Faiblesses juridiques, déséquilibres dans les négociations et problèmes de gouvernance freinent leur déploiement, malgré des besoins urgents et des financements disponibles.

Au sein des ministères des Finances, à Dakar, Abidjan, Kigali ou Rabat, trois lettres reviennent sans cesse : PPP, pour « partenariat public-privé ». Un outil présenté comme la voie royale pour financer les infrastructures que les budgets nationaux ne peuvent assumer seuls. La Banque africaine de développement (BAD) estime que l’Afrique devrait mobiliser entre 130 et 170 milliards de dollars par an pour combler son déficit dans ce domaine.

Pourtant, depuis le début des années 2000, l’Afrique subsaharienne n’a contracté qu’environ 350 PPP, soit moins de 7 % du total mondial, quand l’Asie-Pacifique a réalisé plus de 1 400 projets, l’Amérique latine 1 150, et le Moyen-Orient plus de 500.

« Le continent qui a le plus besoin de PPP est celui qui en signe le moins. »

Malgré la qualité de leur engagement, les administrations africaines travaillent dans des conditions difficiles : délais trop courts, dossiers incomplets, manque de coordination, pressions politiques. Là où dix-huit à trente-six mois suffisent, certains PPP sont montés dans des délais beaucoup plus longs.

La BAD à la rescousse

« Ce n’est pas la volonté qui manque, mais la capacité à structurer nos contrats conformément aux normes internationales », confie un responsable d’Afrique de l’Est. Face à des consortiums privés appuyés par les plus grands cabinets internationaux, les États africains négocient souvent à armes inégales.

Un PPP requiert en effet une parfaite maîtrise du droit des contrats, des garanties souveraines, des clauses d’arbitrage, de la fiscalité, de la couverture du risque de change. Dans de nombreux pays, les équipes juridiques publiques, insuffisamment formées, peinent à défendre pleinement l’intérêt national.

Pour corriger cette asymétrie, la BAD a créé l’African Legal Support Facility (ALSF), un mécanisme unique en son genre, qui aide les États dans la négociation de contrats complexes. L’ALSF leur permet de renforcer leurs capacités, de s’entourer d’avocats spécialisés, de rééquilibrer les discussions.

Sans cet appui, de nombreux projets dériveraient vers des engagements unilatéraux, difficiles à réviser et souvent coûteux.

« Les capitaux existent ; il incombe aux États de transformer les intentions en réalisations. »

Le continent connaît pourtant de belles réussites, comme le complexe solaire Noor Ouarzazate, au Maroc. Tanger Med s’est imposé comme un modèle logistique. L’Afrique du Sud a livré le Gautrain, le premier train rapide du continent. Le Kenya a structuré un PPP dans le domaine de la géothermie, à Olkaria. Le Rwanda, avec Kigali Arena (devenu BK Arena), démontre qu’un PPP peut être exécuté dans les délais, avec transparence et efficacité.

Mais l’Afrique a aussi connu des échecs. L’aéroport international Blaise-Diagne (AIBD), à Dakar, a d’abord souffert de la mauvaise structuration de son PPP : retards, désaccords techniques, gouvernance défaillante. L’État sénégalais a dû rompre le contrat, puis relancer le projet avec un nouvel opérateur, qui, lui, l’a mené à son terme.

La centrale de Sendou (Sénégal), Rift Valley Railways (Kenya-Ouganda), ou certaines sections du corridor Lagos-Ibadan ont pâti de renégociations précoces, de retards de paiements, de litiges tarifaires et d’une imprévisibilité décourageante pour les investisseurs.

« Le retard de l’Afrique n’est pas financier, mais institutionnel et juridique. »

Le Gazoduc Afrique-Atlantique, un modèle ?

Parmi les projets structurants, le Gazoduc Afrique-Atlantique (Nigeria-Maroc Gas Pipeline), dit G2A, occupe une place à part et suscite l’intérêt d’opérateurs de premier plan. Avec un tracé de plus de 6 000 km, une capacité de 15 à 30 milliards de m³ de gaz par an et un coût estimé à 20 milliards de dollars, il pourrait renforcer la sécurité énergétique de l’Afrique de l’Ouest et bénéficier à près de 400 millions de personnes.

Son montage final pourrait inclure des volets de PPP, notamment en aval, dans le transport et la distribution. Le G2A constitue un miroir grossissant des ambitions de l’Afrique : si bonne gestion, compétences juridiques et vision stratégique se conjuguent, il pourrait devenir un modèle de PPP.

Lors de l’Africa Investment Forum, à Rabat, en novembre 2025, la BAD et ses partenaires ont mobilisé 15,3 milliards de dollars pour mener à bien 39 projets bankable. Ils portaient sur l’énergie, notamment les énergies renouvelables, sur les transports, ainsi que sur des domaines tout aussi stratégiques : agro-industrie, logistique et infrastructures portuaires, transformation digitale, inclusion technologique…

« Les capitaux existent ; il incombe aux États de transformer les intentions en réalisations. »

Cette répartition sectorielle prouve que les investisseurs étrangers ne manquent pas d’appétit pour les projets africains, à condition que ceux-ci soient bien préparés et qu’ils soient fiables, tant sur le plan juridique qu’en matière d’ingénierie financière.

Les capitaux existent ; il incombe aux États de combiner bonne gouvernance et vision stratégique pour transformer les intentions d’investissements en réalisations.

Le retard de l’Afrique n’est donc pas financier, mais institutionnel et juridique. Un pays peut tout perdre en renégociant brutalement un partenariat ou en laissant un projet sombrer dans l’opacité. Les succès de Noor Ouarzazate, Tanger Med, Olkaria ou encore la seconde phase d’AIBD prouvent que le continent peut contracter des PPP exemplaires.

Avec des outils tels que l’ALSF, les États africains disposent des moyens pour négocier d’égal à égal et pour bâtir des infrastructures d’intérêt public. La vraie question n’est plus de savoir si les PPP peuvent réussir, mais pourquoi ils ne deviennent pas une culture de gouvernance.


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