
Abidjan veut franchir une nouvelle étape dans la digitalisation de ses services publics. Le Projet d’appui au renforcement de l’administration électronique (Parae) a lancé, le 5 octobre 2026, l’étude de faisabilité d’une plateforme nationale d’authentification et d’un portefeuille d’identité numérique. Le projet bénéficie de l’appui de la Banque africaine de développement (BAD).
L’objectif affiché est de permettre aux citoyens de prouver leur identité et de présenter certains justificatifs sous format numérique, tout en facilitant l’accès aux services administratifs. La cérémonie de lancement, organisée à Abidjan-Plateau, a été coprésidée par le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, le général Vagondo Diomandé, et le ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara.
Pour Vagondo Diomandé, l’enjeu dépasse la simple dématérialisation des documents. L’État doit pouvoir établir et garantir la confiance dans l’identité des personnes, avec un niveau de vérification adapté au risque associé à chaque démarche. Cette approche doit notamment contribuer à réduire les risques de fraude et d’usurpation d’identité. L’étude examinera également la possibilité d’intégrer différents justificatifs numériques, notamment ceux liés à l’état civil, aux diplômes ou encore aux permis.
Trois principes devront encadrer le futur dispositif : la minimisation des données collectées, la maîtrise des traces numériques et la limitation de la corrélation entre les différents usages. Le ministre de l’Intérieur a par ailleurs insisté sur le caractère transversal du projet. L’identité numérique ne peut, selon lui, relever de la responsabilité d’un seul département ministériel.
Réutiliser l’existant avant de construire de nouvelles infrastructures
Le ministre Djibril Ouattara a, de son côté, mis en garde contre une approche qui consisterait à faire de la technologie une fin en soi. La Côte d’Ivoire dispose déjà de plusieurs briques nécessaires à cette transformation, notamment le Registre national des personnes physiques (RNPP), les services de l’Office national de l’état civil et de l’identification (ONECI) ainsi que des infrastructures numériques mutualisées.
L’étude devra donc déterminer quelles infrastructures peuvent être réutilisées, renforcées ou complétées, afin d’éviter des investissements redondants et d’améliorer l’efficacité de la dépense publique. Le gouvernement entend surtout raisonner à partir des usages. Création d’une entreprise, accès à une prestation sociale ou reconnaissance d’un diplôme font partie des situations dans lesquelles le futur système pourrait être mobilisé.
L’un des objectifs avancés est de faire en sorte qu’un citoyen n’ait plus à fournir à une administration un document qu’une autre administration détient déjà.
Plusieurs acteurs appelés à participer
La construction de cet écosystème impliquera plusieurs institutions publiques. L’ONECI, l’Agence nationale du service universel des télécommunications (ANSUT), l’Autorité de régulation des télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI), l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), la Société nationale de développement informatique (SNDI), le Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD) et la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) sont appelés à participer aux consultations.
Le choix d’impliquer ces différents acteurs traduit la volonté de ne pas arrêter à l’avance une solution technologique. L’étude doit d’abord établir un diagnostic de l’existant, puis comparer les différents scénarios envisageables.
Une trajectoire attendue pour janvier 2027
Les consultations ont débuté à Abidjan le 5 octobre sous la coordination de Bassoumarifou Sanogo, coordonnateur du Parae. Le calendrier prévoit plusieurs étapes : diagnostic, analyse des scénarios et formulation de recommandations. Une trajectoire de mise en œuvre est attendue à la fin du mois de janvier 2027. À ce stade, il ne s’agit donc pas encore du lancement opérationnel d’un portefeuille national d’identité numérique. L’étude doit d’abord déterminer les conditions techniques, institutionnelles et fonctionnelles permettant de construire un tel dispositif.
Pour les autorités ivoiriennes, cette phase doit servir à poser les bases d’une administration où l’identité numérique facilite les démarches sans multiplier la collecte d’informations personnelles. La cérémonie du 5 octobre marque ainsi le début d’un travail collectif destiné à définir le modèle que la Côte d’Ivoire pourrait adopter.
¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨¨
ËNGLISH SUMMARY
Côte d’Ivoire has launched a feasibility study for a national authentication platform and digital identity wallet, supported by the African Development Bank. The initiative aims to make public services easier to access while strengthening trust in digital identification and reducing fraud and identity theft. The study will assess existing systems, including the national population register and ONECI infrastructure, before recommending what should be reused, upgraded or newly developed. It will also examine digital credentials such as civil-status documents, diplomas and permits. The government expects a roadmap for implementation by January 2027, with data minimization, control of digital traces and limits on cross-use of personal information among the key safeguards.



