Bassin du fleuve Mano : la CEDEAO appelle à la retenue face à des tensions aux implications économiques

La montée de tensions frontalières entre la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone suscite l’inquiétude de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Au-delà de la question territoriale, les frictions dans le bassin du fleuve Mano touchent une zone stratégique pour les échanges commerciaux et l’exploitation de ressources naturelles en Afrique de l’Ouest.
Dans un communiqué publié depuis Abuja, la Commission de la CEDEAO indique suivre avec une « profonde préoccupation » les développements récents dans plusieurs zones frontalières de la région.
L’organisation régionale annonce le déploiement d’une mission d’évaluation technique chargée d’analyser la situation sur le terrain et de prévenir toute escalade. Cette mission doit notamment se rendre dans la zone de Yenga, à la frontière entre la Guinée et la Sierra Leone, tout en examinant les tensions signalées le long de la frontière entre la Guinée et le Libéria.
Une région stratégique pour les échanges
Le bassin du fleuve Mano constitue un espace économique important pour les pays concernés. Les zones frontalières abritent des marchés transfrontaliers actifs, des activités agricoles et des circuits commerciaux qui alimentent les économies locales.
La stabilité de cette région est également cruciale pour la circulation des marchandises et l’intégration économique en Afrique de l’Ouest, un objectif central pour la CEDEAO. Toute perturbation prolongée pourrait affecter les flux commerciaux, la mobilité des populations et les activités économiques qui dépendent fortement de ces corridors frontaliers.
Des tensions autour des ressources naturelles
Les tensions récentes interviennent aussi dans un contexte de concurrence autour de certaines ressources naturelles. Un différend est notamment apparu autour de l’exploitation de sable dans le fleuve Makona, qui traverse la frontière entre la Guinée et le Libéria.
Les autorités guinéennes ont accusé une entreprise de construction libérienne d’exploiter du sable sur leur territoire sans autorisation, tandis que les autorités de Monrovia affirment que l’activité se déroulait du côté libérien de la frontière.
Ces ressources fluviales jouent un rôle important dans les activités de construction et dans l’économie locale, ce qui explique la sensibilité de ces questions.
Incident signalé près de Guéckédou
Les tensions se sont également manifestées le 10 mars dans la localité de Kiéssènèye, près de la ville de Guéckédou, dans le sud-est de la Guinée. Selon plusieurs médias locaux, l’incident aurait éclaté lorsque des jeunes libériens ont retiré un drapeau guinéen installé dans la zone pour y hisser celui de leur pays.
L’intervention de militaires guinéens aurait provoqué des accrochages avec des habitants avant que les soldats ne se replient afin d’éviter une escalade.
Chaque camp affirme que la zone concernée relève de sa souveraineté territoriale.
Des discussions diplomatiques déjà engagées
Quelques jours auparavant, les autorités des deux pays avaient pourtant engagé des discussions pour apaiser la situation. Le 8 mars, le ministre guinéen de l’Administration du territoire, Ibrahima Kalil Condé, et le ministre libérien des Affaires intérieures, Niuma Ley, ont conduit des délégations à Guéckédou pour discuter de la gestion de leur frontière commune. Les deux parties avaient alors convenu de privilégier les canaux diplomatiques afin d’éviter toute escalade.
La CEDEAO appelle à la retenue
Face à ces tensions, la CEDEAO appelle les États concernés à faire preuve de retenue, à respecter les frontières internationalement reconnues et à s’abstenir de toute action unilatérale susceptible de fragiliser la stabilité régionale.
L’organisation souligne que la coopération et le dialogue restent essentiels pour préserver la paix dans le bassin du fleuve Mano, une zone dont la stabilité conditionne non seulement la sécurité régionale mais aussi le développement économique de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.
English summary
The Economic Community of West African States has expressed concern over rising border tensions involving Guinea, Liberia and Sierra Leone in the Mano River basin. The regional bloc has deployed a technical assessment mission to evaluate the situation, initially focusing on the Yenga border area before expanding its scope to other sensitive zones. Recent incidents near Guéckédou, including disputes over territorial markers and clashes involving local populations, highlight ongoing tensions along the Guinea–Liberia border. ECOWAS is urging the countries involved to exercise restraint and resolve their differences through diplomatic channels to preserve regional stability.



